Nacim Betrouni, Chargé de Recherche Inserm dans l’Unité Inserm U1189

Enfant, Nacim Betrouni voulait être chercheur, comme ceux qu’il voyait dans les documentaires à la télévision. Chercheur certes mais dans quelle discipline ? Il ne savait pas… Il est aujourd’hui Chargé de Recherche Inserm dans l’Unité Inserm U1189 « Thérapies interventionnelles assistées par l’image et la simulation ». Mais Nacim Betrouni n’est pas un chercheur tout à fait comme les autres, même s’il contribue à traiter des patients.

Vous n’avez pas un cursus classique, vous n’êtes pas biologiste de formation et pourtant vous êtes chercheur à l’Inserm ? Quel est votre parcours ?

Je tiens à préciser qu’à l’Inserm, les chercheurs ne sont pas tous des biologistes ! Le « traitement d’images » dans le médical est effectué par des gens qui sont informaticiens ou électroniciens. La majorité d’entre eux travaillent à l’Inserm et non au CNRS, contrairement à une idée reçue.

Je suis ingénieur en informatique de formation. J’ai obtenu mon diplôme en 1999, en Algérie. Puis j’ai effectué un Master (autrefois intitulé Diplôme d’Etudes Approfondies) en automatique et en informatique industrielles à l’Université Lille 1 en 2000 – 2001. Classé parmi les premiers de ma promotion, j’ai obtenu une bourse du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche pour effectuer une thèse. Au départ, je ne connaissais pas les débouchés. C’est alors que j’ai rencontré l’ancien directeur de l’U703 (qui n’était, à l’époque, pas une unité Inserm), Jean Rousseau, venu présenter à l’école les diverses possibilités de stages. J’ai ainsi découvert les sujets liés à l’imagerie et à la radiothérapie. Ca a été le déclic. Mais j’avais déjà un sujet de fin d’études et je ne pouvais en changer. J’effectuais mon stage en industrie à Paris. Je l’ai terminé et à la fin de l’année, j’ai opté sans hésiter pour le sujet de l’U703. J’ai travaillé sur la radiothérapie et ai soutenu ma thèse en 2004. Puis, j’ai occupé un poste d’Hospital- Universitaire entre 2004 et 2007. Je faisais de la recherche à l’U703, de l’enseignement à la Faculté de Médecine de l’Université Lille 2 et du traitement d’images au service de médecine nucléaire au Centre Hospitalier Régional Universitaire (CHRU) de Lille. En 2005, l’unité a été labellisée Inserm et en 2007, j’ai passé le concours des Chargés de Recherche.

Pourquoi avoir choisi l’Inserm ?

J’ai choisi d’intégrer l’Unité Inserm U703 parce que le travail que j’effectue est une application concrète de l’informatique. Ma formation en ingénierie me sert beaucoup pour le traitement d’images. Je fais de la modélisation et de l’instrumentation.

Quelle est votre thématique de recherche ?

Ma thématique de recherche est la thérapie guidée par l’image. Pour avoir un geste précis, qu’il soit diagnostique ou interventionnel, l’imagerie joue un rôle important. Aujourd’hui, l’image médicale ne représente plus une radio que l’on met dans un négatoscope. Elle est en 3D, en temps réel et apporte beaucoup d’informations.

Concrètement, vous contribuez à fournir aux médecins des images plus précises ?

Exactement. Je collabore avec des radiologues. Mon travail consiste à développer des outils d’aide au diagnostic pour le cancer de la prostate. Actuellement, l’IRM permet de détecter une tumeur de 0,5 cm3. Pour un radiologue inexpérimenté, une tumeur d’une telle taille peut passer inaperçue. Un examen de prostate dure 20 minutes et génère 1000 à 1500 images. Le praticien a besoin d’une assistance pour toutes les interpréter. Le logiciel présélectionne des images de zones suspectes pour lui faciliter la tâche.

L’autre aspect de mon travail est la thérapie guidée par l’image, pour aider le spécialiste à diriger son geste, avec un scalpel, une sonde échographique ou une fibre laser. Je peux dire que je crée des GPS pour guider le radiologue - non pas par satellite comme le GPS - mais par imagerie.

Pourquoi cette thématique vous intéresse-t-elle ?

L’U703 ne fabrique pas de vaccin mais contribue à traiter des patients. Le logiciel, que nous avons mis au point à l’U703 et qui fait partie du protocole d’évaluation pour le produit utilisé pour la prostate, sera utilisé dans 50 centres en Europe, dont 13 en France, en Angleterre, en Allemagne…

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Nous travaillons sur un grand projet qui comporte deux grands axes et correspond au projet de l’unité pour la quadriennale. En 2013, nous devons avoir terminé. Aujourd’hui, nous en sommes à 70%. L’objectif final est d’avoir les moyens de détecter des tumeurs naissantes (très petites) avec 100% de réussite. Nous développons une boîte noire qui traite des images, les modélise avec des logiciels et sort une cartographie la plus précise possible de la tumeur (étape 1). Nous vérifions également que les patients sont éligibles à un traitement par laser. Si tel est le cas, nous évaluons le volume de la tumeur pour la traiter (étape 2). Une fois au bloc, nous indiquons au radiologue quelle fibre il faut utiliser et où la mettre (étape 3). La prise en charge est totale, du diagnostic au traitement. Et notre but est d’adapter cette boîte noire que nous mettons au point pour le cancer de la prostate à tout type de cancer, comme celui du sein et du rein.

Quelles pistes vous reste-t-il à explorer ?

La thérapie laser en est à ses prémices. Elle est ce qu’était la radiothérapie il y a une vingtaine d’années. Le laser dépose une énergie à un endroit précis détruisant des tissus, tout en épargnant les organes sains. On n’a plus besoin d’opérer ou d’ouvrir l’organisme. Quand je travaillais en radiothérapie, quand un cancer était détecté, on traitait toute la prostate même si la tumeur ne mesurait que le quart ou la moitié de l’organe. Aujourd’hui avec le laser, on met une ou plusieurs fibres et on pique juste l’endroit qu’il faut. On est passé de la question « y a-t-il une tumeur ? » à « où est la tumeur ? ».

Qu’est-ce qui vous motive le plus dans le poste que vous occupez ?

En plus de la multidisciplinarité, ce que j’aime le plus dans le poste que j’occupe c’est l’initiation de carrières. Le laboratoire reçoit environ 7-8 stagiaires par an et beaucoup souhaitent rester une fois leur stage terminé. Le domaine médical reste magique, il attire. C’est très gratifiant pour un étudiant de niveau Bac + 2, en stage à l’U703, de collaborer au développement de nouvelles thérapies.

Et à l’inverse, y a-t-il des aspects de votre travail que vous n’aimez pas ?

Pour poursuivre des travaux de recherche, il faut des ressources qui peuvent être obtenues en répondant à des appels à projets. Pour demander un financement, le laboratoire doit envoyer un dossier très compliqué à remplir. Nous passons parfois un mois à répondre à un appel d’offres ! Quand le dossier est rejeté, la réponse tient en une seule ligne. Elle n’est même pas justifiée ! Il serait préférable de demander aux chercheurs de rédiger une lettre d’intention et d’organiser un tirage au sort. Le chercheur sélectionné enverrait alors son dossier de financement en étant assuré de recevoir de l’argent pour ses travaux. Il devrait y avoir davantage de pré sélection. Comme aux Etats-Unis où la recherche a de l’avance.

En plus de vos activités, vous mettez en place un atlas de la prostate (European Journal of Radiology en 2011). Pourriez-vous m’expliquer en quoi consiste ce projet original ?

Quand je travaillais sur le cerveau, entre 2004 et 2007, en qualité d’assistant hospitalier, j’ai découvert le « Brain Web », site Internet de référence pour tous les spécialistes du cerveau. J’ai eu envie de l’adapter à la prostate. J’ai débuté le projet en 2007 avec un de mes doctorants et petit à petit, nous rassemblons des données. C’est une entreprise colossale. Ce projet me tient à cœur, parce qu’il sera utile à la communauté scientifique. Et j’espère qu’un jour, on parlera de la « prostate Web » au même titre que le « Brain Web » !

^ Haut de page
Voir Modifier Créer ici
Facebook Twitter Google+ Linkedin Viadeo Delicious StumbleUpon Evernote Scoop it Netvibes